INSTAGRAM

vendredi 1 novembre 2013

Is fashion a silly subject?

Avoir un blog mode, accorder de l'importance (même parfois trop) aux fringues, aux tendances, lire des magazines, dire que la mode est sa passion... Cela est forcément arrivé de voir un léger sourire sur le visage des gens, pensant que nous sommes bien superficielles. Que ce sujet est un peu "léger". Forcément, je ne parle pas de la faim dans le monde. Ma passion peut relever de l'accessoire.

Comment prendre au sérieux la mode? Est-ce que la mode peut se révéler plus culturelle, économique et intellectuelle qu'elle n'y paraît?
Maison Martin Margiela / Archive


Je vous invite à jeter un coup d'oeil à une sélection d'extraits d'articles que j'ai lus.

Ces extraits sont tirés d'une interview du magazine AnOther Mag de Vanessa Friedman. Qui est Vanessa Friedman?
Elle est la rédactrice mode du très sérieux Financial Times et c'est en vérité la première à tenir ce poste. Diplomée de Princeton, elle a contribué à The Economist et au Elle américain. Elle a écrit sur l'art, la mode, la culture, la politique. AnOther magazine parle de "sa capacité unique de combler le fossé entre l'image de la mode et des commentaires intellectuels". C'est ce qui l'a amenée à son poste actuel.
Cette interview est très intéressante, puisqu'en travaillant pour une revue aussi sérieuse que Financial Times, elle a la responsabilité de crédibiliser la mode en tant que sujet intellectuel.
J'ai mis en gras les idées principales.


"What does fashion have to do with intellectuality?It depends on how you define “intellectuality”. The question is: how
 self-aware are people when they make fashion choices? Everyone makes choices 
about fashion, and those choices all have to do with how they want to be
 perceived by other people. Some people understand this, are more conscious
 and analytical about it than other people. So the more aware you are of your 
own choices, and the more aware you are of the meaning other people’s
choices convey, I suppose, the more intellectual you are about clothing."
La mode peut être intellectualisée, selon comment vous la percevez. Les personnes sont plus au moins conscientes de l’impact que peuvent avoir leurs habits, et donc intellectualisent plus ou moins l’importance accordée aux vêtements.
"The word "intellectual" was coined in a time of great political distress.
 Does fashion have a political role? And in which way?     
Of course it does. Fashion indicates membership in a group, and politics is 
all about membership in a group. You wear fashion to indicate political
 allegiance, or to repudiate it. I think any form of dress is fashion: a
 military uniform can be fashion. Everywhere, there is the need to belong to 
a group. As all social groupings break down, be it political parties, or the 
Church, or religious beliefs in general, people find their allegiance in 
other places, and it can be brands. It can be Gucci, Céline, and you get a
 whole bunch of people walking around saying: I define my choices by this 
brand, as seen in my handbag. Fashion has its own global empire."
Est-ce que la mode aurait une signification politique ? La mode, tout comme un parti politique, est un signe extérieur d’appartenance à un groupe. Notre siècle est un siècle d’individualisme, où tous les groupes sociaux d’antan auxquels les individus s’identifiaient pour vivre (Eglise, partis politique…) perdent de leur influence. Les gens cherchent à s’identifier par d’autres moyens. La mode est un moyen de signifier son appartenance à un groupe, certaines opinions. Et plus particulièrement les marques : on achète les marques auxquelles on veut s’identifier. Chaque marque a son identité qu’elle s’efforce de construire : un positionnement. Et en s’habillant d’une certaine marque, les individus veulent dégager une certaine image.
"You serve as fashion editor of the Financial Times, and fashion today is, of 
course, a considerable industry. How would you define the impact of the
 industry on fashion, as you defined it?
 
It is a big global industry in a way it never was before. And the thing we 
tend to forget is it's incredibly young. Fashion as an industry, especially
 one listed on various stock markets, has only really existed since the turn
 of the millenium. LVMH didn't exist until the end of the last century – 
Bernard Arnault didn't buy Dior, upon which his empire is built, until 1985.
 It has become so huge, so fast, it's hard to imagine none of this existed 50 
years ago; that fashion was mostly local. And it's a great privilege to get 
to see an industry develop, especially because when it industrialised, it
 did so because what the executives who ran it understood was they could tap 
into these universal cultural and political desires – identity,
 aspiration – and monetise them. This has made a lot of people very rich,
 has led to the elevation of the designer to celebrity level, but has also
 created a situation where, for any company that is public, there is a 
constant quarterly demand to report higher earnings. And that has led to a 
certain short-termism in strategic thinking that is arguably not good for
 fashion. It has also driven the constant store openings we keep hearing 
about, as that's the fastest way to increase revenues – though not
 necessarily profits. But at a certain point, you have to ask, how big is big
 enough? Because as Groucho Marx said, "I wouldn't want to be a member of a
 club that would have me" – or something like that. At a certain point, if
 everyone can buy something, they may not want to any more. And we are now at 
the point where we have to at least raise the question."

Encore une fois, il s’agit de voir la mode comme une industrie. Qu’est ce qui différencie la mode des autres industries ? Sa jeunesse. La mode n’est devenue qu’une industrie sur le marché qu’à partir de la création des grands groupes financiers comme LVMH, donc il y a à peine 50 ans. La mode a rendu beaucoup de gens riches, très rapidement, a élevé les créateurs au rang de célébrités publiques, et a vu son impact économique croître en quelques décennies.

Vanessa Friedman termine par un point très intéressant, qui est LE dilemme actuel de l’industrie de la mode (surtout du luxe). Ces dernières décennies ont été les décennies de l’expansion : grossir, toujours grossir, s’expandre dans le monde. Mais maintenant ? L’industrie du luxe se caractérise par le fait qu’elle n’est désirée que si elle est exclusive, ou du moins sélective. L’expansion fait augmenter les revenus, mais pas nécessairement les profits… Qui voudrait avoir ce que tout le monde a déjà ?



Backstage Jacquemus 2013

Une autre interview en appelle à ce sujet. Son titre? "The Law of Haute Couture".
Cette interview vient aussi d'AnOther Magazine, et il s'agit cette fois de Hugh Devlin, consultant de renommée en droit du luxe, qui a eu un rôle clé dans des négociations très importantes comme pour LVMH, Net-a-porter, qui a conseillé les directeurs artistiques de Mulberry, Chloé, Givenchy... Bref la liste est longue.


"Having worked within the industry since 1995, Devlin has watched the fatality of many fashion houses, such as Luella and more recently Christian Lacroix. Yohji Yamamoto famously filed for bankruptcy in 2009 and remains on financial life support. “Designers no longer see fashion as a fine art in the same way as the generation before them, such as Alexander McQueen and Hussain Chalayan. They now see it as an applied art and as a business. If you don’t realise it is a business then become a costume designer.” The key transformation has come from the internet, which allows smaller brands to be globally accessible.Fashion business isn’t as fluffy as people think. In London today we have been really fortunate because we have a generation and we have a new wave coming behind them and they are determined to succeed, and the only way they can succeed is to have a business.”"
Il aborde la nécessité (qui est fatale à notre époque), d'envisager la mode comme un business, et non plus comme un art, ou du moins pas seulement. Les directeurs artistiques sont des créateurs, mais doivent aussi avoir une réelle vision marketing si ils veulent survivre. Son allusion à "sinon vous êtes un créateur de costumes", peut rappeler la chute de Christian Lacroix... "Le business de la mode n'est pas aussi doux que les gens pensent".
Le Monde a interviewé le célèbre créateur de souliers Pierre Hardy et l'article a paru il y a quelques jours. J'ai trouvé ça très intéressant d'apprendre que ce créateur sortait enfaite de la plus prestigieuse école française, à savoir l'École Normale Supérieure. C'est très drôle à vrai dire : un intello sorti de l'ENS qui choisit la mode, ce sujet si léger, souvent qualifié de superficiel. Pierre Hardy dira que "La mode est un art appliqué". Ce qui l'a poussé vers la mode, c'est son amour du concept et de l'abstrait. Justement ce qu'il aime dans la mode c'est cet aspect éphémère et léger. C'est ce qu'il répond quand Le Monde lui demande comment on passe de l'ENS aux chaussures... et il ajoute :
"" Quant à l'aspect « culturel », je pense que les gens qui font de la mode de manière intéressante l'ont consciemment ou inconsciemment : que ce soit appris, hérité, une preuve de curiosité. C'est cela qui nourrit la création."

A quel moment le cérébral devient-il concret ?Chez moi, beaucoup de choses passent par le visuel, qui implique le mental. Dans un premier temps, c'est du virtuel puis un vrai objet se matérialise. J'aime aussi cette façon dont on transforme une idée, un fantasme. C'est une satisfaction du concret dont j'ai pris conscience assez tard. Voir une fille marcher dans la rue avec vos créations aux pieds, c'est très agréable. L'idée prend alors place dans le réel. C'est aussi une transformation et j'espère une amélioration du réel. C'est une motivation : on va faire mieux, une chaussure plus belle, moderne, efficace, surprenante que la précédente ou celles des autres. "

 Sources des interviews (cliquer pour accéder directement) : Vanessa Friedman, Hugh Devlin, Pierre Hardy

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire